Les bancs publics

Un chanteur a dit une fois que les bancs publics sont là pour accueillir quelques temps les amours débutants. Peut-être… N’empêche que papa et moi, nous y passons beaucoup de temps.

Banc publicJe murmure souvent à l’oreille de papa. “Assieds-toi et regarde”. Je ne suis pas sûr qu’au début il comprenait ce que je voulais lui dire. Il s’asseyait, regardait mais ne voyait rien. “Regarde mieux, regarde partout”. Il ne comprenait rien. Il cherchait où déposer son regard, sur un point précis, un détail, un visage, comme un appareil photo au zoom maximum. Il cherchait quoi regarder. Ce n’est pas facile d’expliquer à quelqu’un ce genre de choses. Il s’agit d’ouvrir son champ de vision, de regarder non pas un détail, un point précis ou un visage mais la composition de tous ces éléments. Là, seulement, on peut apercevoir une véritable carte postale, une photographie de l’instant présent. Juste assis sur un banc public, avec mon papa.

Aujourd’hui, nous y avons vu une merveilleuse image. Une vielle dame qui échangeait quelques couplets contre une pièce ou deux au bord d’un arbre. Le soleil d’automne colorait les feuilles tombées par terre de jaune et d’orange. Des gens passaient et repassaient devant cette vielle dame, sans la voir, sans l’entendre. Des commerçants sortaient leurs enseignes, nettoyaient leurs vitrines, sans la voir, sans l’entendre. Quelques oiseaux passaient par là, un couple leur lançait un morceau de pain, sans la voir, sans l’entendre. Mais papa et moi étions là. Nous regardions cette photographie de l’instant présent tout en l’écoutant. Je la regarde, je l’entends… Juste là, assis sur ce banc. Après avoir profité de cette image, papa lui a offert une pièce comme convenu. Elle nous a remerciés mille fois, vous imaginez? “Merci mon bon monsieur” a-t-elle dit. C’est cela que vous appelez le monde à l’envers? C’était juste à moi de la remercier pour cet instant.

Alors, promettez-moi de vous asseoir sur un de ces bancs l’espace d’un instant, de regarder, d’écouter. Ouvrez vos yeux, tendez l’oreille. Et n’oubliez pas de me raconter ce que vous y verrez.

MatteO

8 commentaires

  • joublitout

    10/17/2013, 09:34

    matteO, je m’assied souvent dans mon jardin pour contempler la beauté des arbres et de ce qui m’entours… la vue y est magnifique… Je regarde mes enfants jouer ensemble dans cet immense trampoline qui les fait voler le temps d’un instant…parfois je me joint à eux et je retrouve cette sensation “oubliée” de la petite fille que j’étais. Ces derniers temps il m’arrive souvent de penser à toi… grand garçon que je ne connais que par l’écriture et qui pourtant me fait prendre conscience de tellement de choses…A présent je regarde le monde avec mes yeux d’enfant… c’est tellement magique!!!!
    <3 Il y a une telle beauté des mots dans tes récits <3
    <3 je te fais mille bisous matteO <3

  • nonna

    10/17/2013, 12:40

    mille fois merci matteO de nous encourager à nous servir de tous nos sens : écouter, regarder…ça vaut la peine d’essayer. je t’aime

  • Pina Arcuri

    10/17/2013, 17:45

    Tu as raison MattéO ,quand on fixe l’instant, comme en photo, qu’est-ce qu’on peut découvrir comme merveilles…. surtout quand on ouvre les yeux , les oreilles et le CŒUR .
    Merci MattéO pour tout l’amour que tu donnes à ton papa et à tous ceux qui t’aime .

  • Pina Arcuri

    10/17/2013, 17:46

    Tu as raison MattéO ,quand on fixe l’instant, comme en photo, qu’est-ce qu’on peut découvrir comme merveilles…. surtout quand on ouvre les yeux , les oreilles et le CŒUR .
    Merci MattéO pour tout l’amour que tu donnes à ton papa et à tous ceux qui t’aiment .

  • bara

    10/17/2013, 18:45

    MateO et papa,
    C’est à moi que vous avez donnés une pièce,vous m’avez écouté chanter toute ma peine et ma souffrançe,comment avez vous fait de me reconnaître,j’ai tellement besoin de vous en ce moment,mes mains en tremble,oui c’est moi et j’en pleure presque.
    MateO et papa vous n’êtes pas là pour rien,
    En sm’arrant du regard oblique des passants honnête.

  • Toni

    10/18/2013, 10:07

    S’arrêter et profiter de l’instant. Il est partout. Il suffit de le prendre. C’est le même plaisir que nous ressentons quand nous te lisons… Vivement le prochain instant avec toi et ton papa.

  • berna

    10/19/2013, 07:35

    Bonjour,

    Pour être en mesure de faire ce que tu conseilles, MatteO, il faut savoir ressentir la paix de l’âme. Peu en ont l’occasion, même moi, je l’avoue, quand je suis en période de travail, une fois la journée finie, je ne pense qu’à une chose : rentrer chez moi.
    Mais la prochaine fois que je serai dans cette disposition privilégiée, certainement durant des vacances, je serai donc dans un état contemplatif, c’est sûr que cela me fera penser à tes conseils … et à toi, super MattéO.

  • Alexia

    11/06/2013, 22:08

    J’ai déjà vécu ce que tu as vécu MatteO avec ton papa, ce sont des instants uniques, qui réveille en nous de l’amour, de la joie, des rires, des larmes, des souvenirs aussi parfois… j’aimerais que la vie soit remplie de ces instants où le temps s’arrête , où chaque détail à son importance et où la vie prend tout son sens.

    Merci pour cet instant partagé avec toi et papa.

    Bisous petit bonhomme.

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